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Caramel
Paru dans LEXPRESS.fr du 14/08/2007
Christophe Carrière

L'histoire de ce film, réalisé par l'actrice libanaise Nadine Labaki et produit par une Française, pourrait être un conte de fées. De l'eau, du sucre et du citron. Ou des larmes, des sentiments et de l'amertume.
Le mélange des trois donne Caramel, premier long-métrage dont le titre évoque la pâte épilatoire utilisée dans les instituts de beauté de Beyrouth. Une jolie peinture de la féminité libanaise, aboutissement de l'aventure mouvementée de Nadine Labaki, 32 ans et réalisatrice
beyrouthine, et d'Anne-Dominique Toussaint, 47 ans et productrice parisienne.
Octobre 2003. Venue présenter Respiro à Beyrouth, Anne-Dominique Toussaint rencontre Nadine Labaki. Celle-ci, forte d'une vingtaine de clips pour les plus grandes stars féminines de la chanson moyen-orientale, caresse le rêve de passer au long-métrage. La productrice, friande de défis (La Moustache, J'attends quelqu'un), décide de «coacher» la jeune artiste. Un an plus tard, Caramel pèse 15 pages. Suffisamment bonnes pour que son auteur soit un des 12 élus annuels de la Cinéfondation, institution du Festival de Cannes prenant en charge ses protégés pendant six mois. Le scénario achevé, il reste à trouver les investisseurs. Coût estimé: 1,5 million d'euros. N'empêche. «Un premier film, tourné en arabe et à Beyrouth... Je me doutais que ça n'allait pas être simple», concède la productrice. Qui crée une société dans la capitale libanaise, Les Films de Beyrouth, afin de lever des fonds localement. Pas énormes, les fonds, mais suffisants pour démarrer le tournage.
Mai 2006. Sur le décor, les professionnels croisent les amateurs. Nadine Labaki, qui s'est octroyé le premier rôle, veut que ça sonne vrai. Elle a donc choisi des vraies gens. L'une est vendeuse en électroménager, une autre est secrétaire... «Leur personnalité m'importait plus que leur talent, explique la cinéaste. Une fois en confiance, je savais qu'elles seraient formidables.» Le dernier plan est mis en boîte le 2 juillet. Dix jours plus tard, la guerre éclate au Liban. Pour le montage, prévu à Paris, les rushes sont rapatriés tant bien que mal. La réalisatrice aussi. Dont la bonne humeur a évidemment disparu. «Je culpabilisais. Mon pays était en feu et moi, bien à l'abri, je parlais de futilités.» Une fois de plus, sa productrice la remet sur les rails: «C'est justement parce que ton film éclabousse de vie et de lumière que tu dois le finir.»
Mai 2007. Le film est présenté à Cannes, section Quinzaine des réalisateurs. Le public l'ovationne. L'équipe exulte. Mais, tandis que tout le monde danse sur une plage, les comédiennes reçoivent des SMS du pays: les affrontements ont repris. La sortie, prévue mi-juin à Beyrouth, est repoussée. Et puis il y a la censure, capable d'amputer un long-métrage aussi non conformiste. «L'histoire aborde beaucoup de tabous, mais de façon tendre. Je ne pouvais imaginer un quelconque blocage», raconte Nadine Labaki. Avec raison. A une exception près: la scène où une vieille folle déchire des PV nécessite une négociation serrée avec les autorités, peu sensibles aux manifestations d'incivisme. Un détail finalement réglé, puisque le long-métrage triomphe, depuis le 2 août, dans neuf cinémas libanais, un nombre d'écrans généralement dévolu aux blockbusters américains. Nadine Labaki et Anne-Dominique Toussaint ont gagné leur pari: leur Caramel a vaincu l'amertume.

Une carrière internationale
Caramel est une bonne affaire autant qu'un bon film. Dès le lendemain de sa présentation au Festival de Cannes, les acheteurs se bousculent pour acquérir les droits de distribution. Du coup, le long-métrage sortira dans 30 pays, dont l'Egypte, la Jordanie, le Qatar, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada. Si Anne-Dominique Toussaint, sa productrice, reste discrète sur le montant exact des ventes, celles-ci couvrent presque le budget du film avant même sa sortie.

 
 
"Caramel", film doux-amer sur des femmes beyrouthines
LE MONDE | 14.08.07 | 18h28  •  Mis à jour le 14.09.07 | 08h24

Ca ne se mange pas, même si la lumière dorée des images laisse imaginer l'odeur douce que dégage la cuisson du sucre et du jus de citron. Ce caramel est l'instrument d'une nécessaire souffrance, il sert de produit dépilatoire dans un salon de beauté, à Beyrouth.
Pour son premier film, la jeune (34 ans) cinéaste libanaise Nadine Labaki a donc trouvé un refuge qui a déjà servi à George Cukor (Femmes, 1939) et à Tonie Marshall (Vénus Beauté, 1999). Mais dans cette ville-là, ce pays-là, les clientes du salon de Jayale - la réalisatrice tient ce rôle central - ont encore plus besoin d'un havre de paix que les mondaines new-yorkaises ou les Parisiennes.

Même si la guerre passée (le film a été tourné début 2006, avant l'intervention et les bombardements israéliens) est tenue à l'écart du récit - il n'y est même pas fait allusion -, le poids de ce qu'il est convenu d'appeler la tradition est omniprésent dans la vie des femmes, préjugés chrétiens ou préceptes de l'islam se rejoignent pour les maintenir dans la servitude. Tout le film est propulsé par cette contradiction entre la douceur des moments et la douleur de la vie, déclinée cinq fois en autant de destins de femmes. Jayale, femme libre, de confession chrétienne, patronne de sa propre affaire, habite quand même chez ses parents et vit dans la soumission une liaison sans issue avec un homme marié ; son employée, Nisrine, musulmane, est fiancée à un garçon qu'elle aime, mais elle n'est plus vierge ; Rima, la shampouineuse ne peut vivre son homosexualité ; Jamale, cliente quinquagénaire, tente de relancer sa carrière d'actrice après son divorce ; Rose, la voisine couturière, a dix ans de plus et a passé sa vie à s'occuper d'une soeur aînée qu'une mystérieuse histoire d'amour a laissée folle.


ELÉGANCE SENSUELLE
Cet entrecroisement de destins est un procédé convenu, et cette convention menace parfois la vivacité de Caramel. Le scénario dose avec un peu trop d'habileté séquences comiques et tragiques, moments de désespoir solitaire et explosions de joie conviviales. Ces péchés restent véniels au regard de l'élégance sensuelle de la mise en scène. Servi par une belle lumière (Yves Sehnaoui), qui célèbre aussi bien la beauté des actrices qu'elle prend en compte la misère qui menace partout la splendeur beyroutine, bercé par une musique élégamment sentimentale (de Khaled Mouzanar), Caramel trouve un rythme singulier qui mêle intimement la vivacité à la pesanteur du temps qui passe.

Les trajectoires des cinq femmes se déploient avec une grâce un peu languide, et dans les intervalles qui séparent les quelques morceaux de bravoure comique (Jayale préparant la chambre d'hôtel miteuse qui doit abriter ses amours), s'insinuent le désespoir et la frustration qui font ombrage à ces vies.
Pour ces cinq rôles, Nadine Labaki a choisi des femmes qui n'étaient pas actrices. Ou qui ne savaient pas qu'elles étaient actrices. Car il n'y a rien de naturaliste dans leur façon de jouer, excessive, démonstrative et séduisante. C'est aussi ce quintet qui fait de Caramel un moment à part.

Thomas Sotinel
Article paru dans l'édition du 15.08.07
LeMonde.fr

 
 
‘Caramel’, una preciosa historia libanesa de heroínas de la cotidianeidad llega a San Sebastián
Estrella Digital / Diaro de Mallorca - España
26-09-07
A. Burgueño/Efe
San Sebastian

La conmovedora cinta de Nadine Labaki, presentada en el apartado Perlas del Festival, muestra un país que aún esconde tabúes tras las apariencias.

En el Líbano no sólo late el drama de la guerra, hay pequeñas historias de la cotidianeidad como la que la directora Nadine Labaki reúne en Caramel, una preciosa y conmovedora película de heroínas del día a día que muestra un país que aún esconde tabúes tras las apariencias. Caramel, que llegará a las pantallas españolas en enero, se presenta en el Festival de Cine de San Sebastián, en el apartado Perlas de la Sección Zabaltegi, después de haber pasado por el de Cannes.


Las empleadas de un salón de belleza de Beirut y sus amigas son las protagonistas de este filme, en el que se muestran como mujeres libres y modernas, pero cuyas conversaciones y vidas pivotan en torno a los hombres.

Los personajes desprenden una enorme ternura, lo que su directora atribuye al "mimo y cariño" con el que ha tratado a cada uno de ellos, interpretados por mujeres que no son actrices, a excepción del principal, del que se hizo cargo la propia Labaki.

También derrochan naturalidad y espontaneidad, algo inherente al "afectuoso" carácter del pueblo libanés, según la realizadora.

"Hay un gran apego a la familia, la comunidad es muy importante. Y hay un calor humano para enfrentarse a la vida y superar los problemas", destacó. Caramel recrea un universo femenino, cálido y sensual, en el que ellas son "las que mueven los hilos".

Una fachada tras la que se oculta el peso de la tradición

Ese mundo es, a la vez, una fachada tras la que se oculta el peso de la tradición, los miedos y la culpa porque, pese a todo, el lesbianismo, el tener como pareja a un hombre casado o el no llegar virgen al matrimonio siguen constituyendo importantes tabúes en el Líbano, explica la autora.

Señaló que la reacción del público de sus país ha sido "muy suave". "Quizá se debe a que no he aportado un juicio, a que dejo que la gente haga el suyo propio y a que no es provocadora. Además muestra la realidad y hay mucha gente que se puede sentir identificada porque vive de esa manera", añadió.

La historia se va desarrollando entre peinados y depilaciones con caramel, una mezcla hervida de azúcar, zumo de limón y agua que acaba convertida en una pasta similar a la "cera" española y que forma parte del "ritual" de las mujeres libanesas.
Labaki dijo que fue "totalmente intencionado" no incluir referencias políticas en el filme, si bien opina que es "algo que está siempre en el trasfondo", porque el hecho de que se muestre, por ejemplo, la convivencia de distintas confesiones religiosas "ya es en sí un acto político".

Reconoció, no obstante, que hubo un tiempo en que sintió cierta culpabilidad por haber hecho este bonito "cuento", ya que rodó la película en tiempos de paz y esperanza, y justo una semana después de concluirla estalló la guerra.

Luego llegó a la conclusión de que quizá su misión era esa, la de "contar lo cotidiano", las cosas que también pasan en el Líbano además de las tragedias bélicas.

 
 
Nadine Labaki, la crainte du regard des autres
Le Figaro
EMMANUÈLE FROIS.
Publié le 15 août 2007
La réalisatrice et comédienne Nadine Labaki fait tomber les masques
et parle sans tabou d'amour, de désir et d'obsessions.
Bac Films

La jeune réalisatrice libanaise Nadine Labaki signe un joli film qui parle de la condition des femmes dans une société très rigide. La jeune réalisatrice met à nu la femme libanaise dans son premier long-métrage qui se déroule dans un institut de beauté à Beyrouth. UN SALON de beauté à Beyrouth. Autour de Layale, propriétaire de ce petit institut de quartier, les habituées se confient, entre coupes de cheveux et épilations au caramel. De génération, de milieu et de religions différentes, elles parlent sans tabou de leurs histoires d'amour, de leurs peurs, de leurs obsessions, de leurs désirs, de leurs contradictions.Layale, chrétienne de 30 ans, vit un amour interdit avec un homme marié. Nisrine, musulmane de 28 ans, va se marier mais n'ose pas confier à son fiancé qu'elle a perdu sa virginité et songe à se faire recoudre l'hymen. Rima, 24 ans, est attirée par les femmes, quant à Jamale, la cinquantaine très retouchée, elle refuse de vieillir...

Avec Caramel, Nadine Labaki met à nu la femme libanaise et fait tomber les masques. « Je me suis toujours posé des questions à propos de la femme libanaise, oscillant moi-même entre deux mondes, la culture occidentale moderne, qui nous offre l'image d'une femme émancipée, et l'univers oriental, lourd de traditions, explique la réalisatrice. Chrétiennes ou musulmanes, nous subissons le poids de l'éducation rigide, de la religion toujours très présente. Nous avons la volonté de bien faire, de ne pas décevoir et vivons dans la crainte du regard des autres, dans la hantise du jugement. Le Liban est considéré comme un exemple d'ouverture, de libération, mais ce n'est pas toujours le cas. La femme libanaise n'est pas très bien dans sa peau. Elle cherche son identité, parfois à travers le jeu des apparences, et souffre de l'hypocrisie du système. »À 33 ans, la Libanaise Nadine Labaki, qui s'est offert le rôle de Layale dans son film - « Je ne me rêvais pas comédienne, mais je prends peu à peu goût au jeu » -, semble pourtant être le parfait contre-exemple. Blouson de cuir et jean moulant, la jolie sylphide brune, a tout de la jeune femme indépendante. « Ma famille est chrétienne et libérale.

Mais, sans doute parce que les liens familiaux sont extrêmement forts, on a toujours l'impression qu'on a des comptes à rendre. Je n'arrive pas à me libérer d'un sentiment de culpabilité. Le Liban est un petit pays, on vit en communauté. »Le courage de continuer son amour du cinéma lui a été transmis par son grand-père, « dans les années 1950, il avait une salle de cinéma dans le petit village de Baabdath. Je n'ai malheureusement pas connu cette époque, mais j'en ai entendu parler à travers ses récits et ceux de mon père, qui a eu une enfance identique à celle du gamin de Cinema Paradiso. »C'est grâce à 11, rue Pasteur, son court-métrage de fin d'études de treize minutes, qu'elle s'est fait connaître dans les festivals. « Ce premier succès m'a donné le courage de continuer.

Au Liban, il n'y a pas d'industrie cinématographique, de route toute tracée. Le seul moyen d'avoir une caméra entre les mains, c'est de réaliser des pubs et des clips. Le terrain parfait pour se livrer à toutes sortes d'expérimentations. » Sa première réalisation, Caramel, dont elle a écrit le scénario, loin de Beyrouth, dans le cadre de la Résidence du Festival de Cannes, a un petit air de Vénus Beauté (Institut), « la seule similitude entre nos deux films, souligne-t-elle c'est que l'action se déroule dans un institut, sinon le contexte est très différent. » Les couleurs pop, très « almodovariennes » donnent du piquant à cette comédie sentimentale, à ce portrait de femmes, doux et amer, de sucre et de citron, comme la pâte épilatoire orientale. Nadine Labaki, qui a donné le dernier tour de manivelle une semaine avant le début du conflit israélo-libanais, a d'abord, « comme d'habitude, culpabilisé. Le cinéma est une arme efficace. Et moi, je parlais des femmes, de la vie, alors que mon pays était en guerre. Je me suis sentie inutile. Avec le temps, je me dis que ma révolte, c'est de parler d'autre chose que de la guerre ». Sorti le 9 août dernier au Liban, Caramel est un succès. Une belle victoire.

Caramel Comédie sentimentale de et avec Nadine Labaki Yasmine al-Masri, Joanna Moukarzel, Gisèle Aouad, Sihame Haddad. Durée : 1 h 36.

 
 
Caramel. De Nadine Labaki
Entre épilation et manucure, portraits de Libanaises éprises de liberté

malgré des tabous tenaces. Un premier film qui sonne souvent juste.
D’un film venu du Liban ces jours-ci, on imagine, a priori, une part d’engagement politique. Caramel, premier long métrage d’une cinéaste prometteuse, semble d’abord tout autre chose : une galerie de portraits de femmes, dans un salon de beauté de Beyrouth. Pourtant, cette comédie pleine de charme et de finesse esquisse aussi le dessin d’un Liban en pleine mutation, où le rôle et la place des femmes changent.

Leurs bijoux tintent et leur maquillage brille, elles sont voluptueuses et sensuelles, mais aussi timides et pudiques. Attachées à leurs valeurs orientales mais attirées par celles de l’Occident. Entre colorations, manucures et épilations à l’orientale, c’est-à-dire au caramel, Layale, jeune patronne sexy du salon Si Belle, attend fiévreusement les coups de fil de son amant – un homme marié. Autour de ce personnage, interprété avec grâce par la réalisatrice, gravitent plusieurs figures féminines, incarnées par de formidables actrices amateurs : une coiffeuse garçon manqué, une cliente prête à tout pour rester jeune, une couturière mélancolique, une vieille voisine un peu folle qui ramasse tous les papiers, contredanses comprises, parce qu’elle les prend pour les lettres de son fiancé français, confisquées par sa famille.

Ce Vénus beauté beyrouthin n’est pas sans faiblesses : parfois démonstratif (la quête sans fin de Layale pour trouver une chambre d’hôtel alors qu’elle n’est pas mariée), il manque surtout d’une histoire plus forte que les autres, qui agrégerait les pièces du puzzle. Mais malgré la sensation d’éparpillement, les portraits sonnent juste et livrent, comme un écho, toute la tendresse et l’agacement qu’éprouve Nadine Labaki pour son pays. Chacune à sa façon, ces femmes semblent en équilibre entre leurs rêves et le poids d’une culture qu’elles respectent mais dont les tabous les enferment : l’adultère, l’homosexualité, la ménopause, le célibat…

A Beyrouth, un couple non marié ne peut pas discuter dans une voiture sans éveiller aussitôt les soupçons de la police. A Beyrouth, une musulmane fiancée, même moderne et libérée, préfère se faire recoudre l’hymen plutôt qu’avouer à son promis qu’elle n’est plus vierge. Ses amies l’accompagnent dans cette virée, dépeinte avec humour, vers une clinique huppée de la ville : lunettes noires et accent français, elle s’y fait passer pour une Parisienne nommée… Julie Pompidou. Même si, au fond, aucune des héroïnes ne se libère vraiment de ses carcans, Caramel est une chronique chaleureuse et optimiste, qui respire la vie et l’espoir, la cire et le henné.

Juliette Bénabent
Télérama n° 3005 - 18 Août 2007

 
 

Le Liban croqué dans «Caramel»
Une comédie extravertie sur la société libanaise, joyeusement enrobée d’impertinence.

Philippe Azoury
QUOTIDIEN : mercredi 15 août 2007

La comédie moyen-orientale est une forme à part dans le régime général des images : elle consiste à filmer des sexagénaires grimaçants tombant nymphettes en se montrant ouvertement spirituels. On aime beaucoup, sans toutefois se tenir réellement au courant des avancées formelles du genre (on peut néanmoins vous confirmer que les cols de chemises pelle à tarte sont toujours de rigueur). Or, Caramel est une comédie arabe. Toute ressemblance avec les calamitées décrites ci-dessus s’arrête là : Caramel est réalisé et joué par Nadine Labaki, la trentaine, belle plante brune au visage grave, qui en est également l’héroïne principale.

L’œuvre a tout du film piégé : ça avance vers vous l’air de rien, en jouant les modestes, petite friandise de rien du tout, mais à la sortie, vous réalisez qu’un film vous a glissé à l’oreille quelques trucs salés sur la société qui l’entoure. En l’occurrence, toute une société civile libanaise, moderne, mixte (fille/garçon, chrétiens/musulmans), relativement libre, totalement contradictoire (la religion contre la sensualité à tout crin), merveilleusement déboussolée (et menacée).
Exagération.  Caramel se déroule à l’intérieur d’un salon de beauté. On pourrait hurler au piagat intégral de cette pauvre Tony Marshall. sauf qu’ici, la transposition du Vénus Beauté (Institut) en plein Beyrouth a du sens : il résume comme personne la société libanaise et sa façon unique de faire salon comme au temps du protectorat. Quiconque ayant déjà mis les pieds à Beyrouth sait aussi à quel point le Liban n’est pas seulement une exception dans le Moyen-Orient, il en est aussi une exagération : la beauté, l’artifice, la séduction, l’apparence, est partout, seule divinité partagée.
La réalisatrice, elle même, dans le dossier de presse, en rajoute une couche : «Nous sommes un pays très extraverti, la femme libanaise s’est créé sa propre échelle de beauté qui ne ressemble à aucune autre au monde. On veut ressembler à la femme occidentale, mais avec nos propres critères, qui ne sont pas des plus discrets.» Entre deux liposuccions et trois couleurs, son film montre une ville où l’on se regarde autant qu’on se juge. Et Dieu sait s’il y a beaucoup de désirs et de contradictions à lire dans les yeux de ceux qui, durant quinze ans de guerre civile, se sont regardés en chien de faïence.

Décoloration.  Au l’institut de beauté Caramel, celui d’une paix éphémère, on retrouvera donc toute la gynécée locale : la chrétienne, folle éprise d’un homme marié, la musulmane qui n’est plus tout à fait vierge avant le mariage, la quadra sexy hantée par son âge, l’oubliée qui a laissé passer sa jeunesse et, surtout, une inattendue jeune nana qui préfère les filles (rappel : officiellement, l’homosexualité n’existe pas au Liban). C’est tout un pays qui passe à décoloration, partant toujours du stéréotype pour arriver à faire exister de l’intérieur un personnage. Dommage que la réalisatrice retienne son impertinence en fin de film, de peur sans doute qu’il sorte des codes de la comédie commerciale. Mais mesurons quand même la différence : en France, pays où l’on sait rire en famille, les dernièrs succès s’appellent Camping, Brice de Nice ou les Bronzés 3. C’est navrant de connerie, de laideur et absolument dépourvu de sensualité. Ce film-là (qui sort simultanément à Paris et à Beyrouth dans de grosses combinaisons de salles), est l’exact inverse de notre savoir-faire commercial. Encore merci pour le Caramel. 
 
 
Nadine Labaki
Du bonheur, comme au cinéma

NOUN 110 – Août-Septembre 2007

S’il y en a un qu’on attendait, c’était bien lui: «Caramel», le film de Nadine Labaki, une douce comédie bouleversante et irradiante, qui tombe à point nommé dans la morosité locale. Coloré comme on aime, réaliste et vrai, émouvant et revigorant à la fois, on en sort avec le plaisir immense du manque compensé. Rencontre avec une magicienne du cœur et des images vraies et belles.

Enfin, un film qui parle de nous en évitant l’écueil de la guerre! Une histoire simple, qui mêle des destinées ordinaires, qui caresse avec tendresse des personnages féminins au bord de la crise de nerfs, des femmes en attente, aux prises avec le temps qui passe, l’amour et ses affres, la vie et ses désillusions, qui critique avec douceur les limites de notre société et qui file au rythme bien construit d’un scénario aux dialogues et aux situations bourrés d’humour. Imprégnée d’une véritable culture cinématographique, Nadine Labaki filme avec tout le savoir et la sensibilité de celle qui a vu les films qu’il faut pour nous faire vibrer tel qu’elle le fait.

Celle qui manie le sucre comme une arme
Dans le film, c’est Layal, et dans la vie, c’est elle, Nadine Labaki. A la fois derrière et devant la caméra, elle explose dans les deux plus beaux métiers: réalisatrice et actrice. Layal fait mijoter la cire à épiler dans la poêle, où se mêlent avec chaleur le citron, le sucre et l’eau; ensuite, elle attend, la fait refroidir, la malaxe et la détend, la goûte et la mâche, puis se rapproche avec emphase de sa cible, une jambe ou un sourcil, avant de procéder avec force, minutie et précision. Il faut souffrir pour être belle, tout comme il faut se battre pour réussir. Voilà pourquoi on peut dire que «Caramel» a la précision d’une épilation et le résultat qui s’ensuit; à savoir le bonheur d’une belle chose accomplie, même si le film n’a rien d’une œuvre lisse.
C’est ainsi que nous pouvons décrire le parcours de Nadine Labaki. Née en 1974 au Liban, elle achève des études d’audiovisuel à l’Iesav et rencontre un premier grand succès avec son premier court métrage, «11, rue Pasteur», dans lequel se dénote déjà son attraction pour la rue et l’humour libanais à travers un long plan séquence, où foisonnent de nombreux thèmes qu’elle continuera à explorer par la suite. Véritable tour de force pour un film d’école, ce premier projet impulsera en Labaki toute la volonté de faire du cinéma. Volontaire et sachant très bien où est son désir, elle mettra à profit les longues années qui suivront pour préparer la pâte de son premier long métrage, accumulant une expérience technique solide sur des tournages de publicités et de clips musicaux, contribuant ainsi au lancement de nombreux chanteurs et confirmant aussi son goût pour la musique et le folklore libanais.
Son bonheur, elle ne l’a pas joué au loto. Contrairement à d’autres rêveurs passionnés de cinéma, Labaki n’a pas attendu que le cinéma vienne à elle. Elle s’est taillé un rôle sur mesure et a mis en œuvre tous les moyens pour y arriver. Volontaire et déterminée, elle est également dotée d’une qualité inouïe: sa curiosité. «Je suis obsédée par la nature humaine, dit-elle. Je cherche toujours à savoir si les gens sont heureux, et ce qui fait qu’ils ne le sont pas, quels sont les mécanismes qui nous font fuir, avancer, lutter, etc.» C’est cette écoute attentive des autres qui lui permet de créer des personnages en proie à leurs doutes, passions ou pulsions. C’est aussi grâce à cette écoute de l’autre qu’elle a pu dévoiler le talent des actrices du film, toutes profanes, et qui ont interprété là leur premier rôle, décelant en chacune la clé qui lui aura permis d’exploser sur le tournage et de donner le meilleur d’elle-même. Des performances toutes détonantes de vérité et des actrices qui ne donnent jamais l’impression de jouer.
De son succès à elle, nous pouvons dire qu’il repose sur le doute constant, la remise en question permanente qu’elle cultive et qui lui permettent d’avancer. Cela pourrait paraître contradictoire, mais Nadine Labaki avoue être une grande angoissée, qui avance elle aussi avec souffrance, vu qu’elle passe sa vie dans un questionnement constant, se demandant toujours si c’est la bonne décision qu’elle prend, si elle a accordé assez d’importance à chacun, si elle a perfectionné chaque détail. Derrière ses grands yeux noirs, sa longue chevelure brillante et son allure avenante et souriante, la belle qui crève l’écran avec un jeu et une beauté peu commune, ne se repose jamais et ne lâche jamais prise! D’ailleurs, elle se marie le mois prochain à un autre talent: le compositeur Khaled Mouzannar, qui a écrit la musique envoûtante de «Caramel», véritable âme du film.
Musicien-auteur-compositeur, Khaled Mouzannar écrit depuis toujours des chansons à texte françaises, trouvant dans les mots et la musique une inspiration spontanée, mais qu’il prend le temps de parfaire avec la minutie d’une fourmi. Il tient en réserve dans son tiroir plus de 300 titres ainsi qu’un album en voie de production, qui verra le jour au cours du mois de septembre, en France.
Tout sourit donc au jeune couple qui voit les fruits de son travail couronnés en même temps. Que ce soit au niveau de leur consécration professionnelle ou amoureuse, Khaled et Nadine ont de quoi convoler en technicolor. Complémentaires, il semble être l’eau tandis qu’elle est le feu. Sous une apparence plus réservée et timide que Nadine, Khaled semble vivre heureux dans sa bulle d’inspiration, chose qui a tout pour plaire à sa future femme, davantage dans l’action.
Tout a commencé pour eux sur des plateaux de tournage, où ils se sont souvent côtoyés pour du travail. Mais leur histoire a réellement démarré lors de la Résidence du festival de Cannes, une résidence annuelle, où six réalisateurs cohabitent et développent chacun son film. Depuis, ils ne se sont plus lâchés, mettant à profit leurs deux talents sur des projets communs, dont «Caramel», leur premier bébé. Pour Nadine, Khaled est quelqu’un de très facile à vivre. Comme pour son art, elle se questionne sur son choix et avance avec les mêmes doutes qu’au cinéma, ce qui veut dire avec beaucoup de conviction! On ose espérer à sa place une belle chanson d’amour pour son mariage, écrite par le parolier de son cœur.

Si belles, qui sont-elles?
L’histoire de «Caramel» aurait pu se passer n’importe où, mais Labaki, qui a l’œil pour la rue locale, a fait de son film un bijou d’authenticité, projetant ainsi une “si belle” image de ce qu’elle nomme «mon Beyrouth à moi». «Si Belle», c’est également le nom de cet institut de beauté vétuste qui encadre l’action du film. Un lieu plein de vie où l’on épile, coiffe, lime et parle. Un lieu plein de promesses et de souffrances aussi, où le camouflage esthétique ne suffit pas à rendre heureux. D’ailleurs, le B de l’enseigne est bancal et sur le point de tomber. Derrière la promesse, les limites. Une lutte quotidienne au son du séchoir et au goût doux et piquant de la pâte à épiler baptisée «caramel» et qui a parfumé toute les cuisines de notre enfance. A l’aire du laser et des instituts hi-tech, «Caramel», c’est un peu notre madeleine à nous toutes, les femmes.
Hormis les quelques hommes qui traversent le film - le flic, le fiancé, le client ou bien l’homme marié qu’on ne voit jamais, «Caramel» est composé essentiellement d’un casting de femmes. Employées du salon, clientes ou femmes de ce quartier populaire, ces personnages féminins d’âges et de religions différentes sont toutes des pénélopes dans l’attente de quelque chose.
Layal (Nadine Labaki) est toujours pendue au téléphone dans l’espoir du coup de fil de l’homme qu’elle aime. Amoureuse charnelle et passionnée, on la voit tout lâcher pour courir à un rendez-vous illicite sur un parking ou sous un pont, aliénée à sa dépendance amoureuse clandestine. Tiraillée par sa conscience, Layal est amoureuse d’un homme marié et se rattache désespérément à l’espoir qu’il quitte sa femme pour devenir son homme à elle. C’est un thème universel exploré à la façon libanaise, et merveilleusement bien joué par Nadine Labaki. Layal, comme toutes les obsessionnelles, ira traquer tous les faits et gestes de l’épouse de cet homme, Christine (Fadia Stella), pour savoir qui est cette femme qu’elle ne sera jamais. Et elle n’aura pour seule vengeance que de lui appliquer un peu de cire trop chaude sur la peau.
Jamale (Gisèle Aouad), coulante et croulante sous son maquillage et ses bijoux, peine à rester naturelle. Dans ce casting qu’elle passe pour le rôle qu’elle n’aura plus jamais, celui de la jeunesse, elle tient la pancarte de son nom de travers. Son acharnement à rester jeune est si hilarant de pathétisme qu’elle nous arrache des larmes de rire dans une scène d’anthologie.
Nisrine (Yasmine el Masri), bouffée par les convenances familiales de son milieu musulman, est obligée de camoufler ses atouts et pour se caser dans le moule. D’où l’ironie, lorsqu’elle se doit d’écouter les conseils d’une mère à sa fille, qui lui explique comment faire la veille de son mariage, alors que Nisrine vient de se faire recoudre l’hymen.
Rima (Joanna Moukarzel) a les cheveux courts et porte un blouson de garçon. C’est un personnage tout en silence. Rima est masculine, et comme elle sait qu’elle n’a probablement pas droit à la parole dans sa société, elle préfère écouter sa musique sous son casque et passer inaperçue. Seules les choses se disent sous ses doigts, lorsqu’elle masse le cuir chevelu et lave la longue chevelure de la femme inconnue qui s’abandonne sous le jet d’eau.
Rose (Siham Haddad) est celle sur qui le temps a eu le plus d’emprise sans pourtant complètement effacer un reste de beauté surannée et qui n’ose plus s’épanouir par peur et par sacrifice lorsque l’amour tape à la porte. C’est un personnage plein de retenue, car la vie de Rose a été complètement sacrifiée pour Lili, la sœur complètement folle. Sa seule tentative pour se remettre à jour est celle d’un rendez-vous manqué, et, telle une actrice dans sa loge, elle passe le lait démaquillant sur les restes de sa beauté comme un dernier adieu à la scène.
Lili (Aziza Semaan) est la vieille folle du quartier qui parle seule, ramasse des papiers toute la journée et empoisonne la vie de sa sœur. Son rôle est inspiré d’un personnage réel: une femme qui a perdu la raison en apprenant que ses parents lui avaient caché toutes les lettres de son fiancé alors qu’elle pensait qu’il l’avait oubliée. Depuis, elle ramasse dans la rue tout ce qui ressemble de près ou de loin à une lettre.
Ces femmes ont toutes leur part de sacrifice, et le choix d’avoir installé l’action dans un institut de beauté, où le rapport au corps n’est pas anodin, ne fait que mettre en valeur cette condition féminine. Ici, on arrache, on coupe, on raccourcit, on recoud, autant de sacrifices qui font parfois mal mais qui sont ancrés dans une volonté de plaire, de séduire, de se conformer, ou au contraire de s’émanciper. Nous avons toutes en nous le souvenir douloureux et volontaire des premiers poils arrachés à la pâte à épiler, symbole d’un passage de l’adolescence à l’âge adulte. Et souvent, les femmes sur le point de changer de vie décident de changer de coupe, d’où la scène finale symbolique du film, dans laquelle la femme inconnue sacrifie sa longue chevelure, se libérant ainsi du poids social qui lui était imposé et soulevant la grande question du changement dans les mœurs libanaises, lesquelles, malgré tout et comme le dit Nadine Labaki, restent très aliénantes pour la femme, qu’elle soit chrétienne ou musulmane.

L’humour des moeurs
Rien de tel que des situations embarrassantes ou loufoques pour mettre le doigt sur l’absurdité des mœurs locales et en dévoiler le ridicule. Le scénario du film, créé à la fois par Labaki, Jihad Hojeily et Rodney el Haddad, réussit ce tour de force sans tomber dans des clichés sur la religion, la police des mœurs et les croyances locales, donnant ainsi au film une dynamique humoristique toute en finesse, rarement rencontrée au préalable. Des scènes très drôles sont donc au rendez-vous à travers lesquels le spectateur est amené à se poser pas mal de questions sur une ville où il est interdit à des amoureux légaux de discuter plus de cinq minutes dans une voiture sans être suspectés et contrôlés comme s’ils avaient été des poseurs de bombe, où un couple illégal n’a pas le droit de se rencontrer ailleurs que dans une voiture, vu que tout séjour dans un hôtel (respectable) est interdit aux couples non mariés, où les contraventions se font à la tête du client, où une femme qui perd sa virginité se fait recoudre pour retrouver sa pureté, où il est permis à l’homme d’avoir des maîtresses et où une jeune fille de 30 ans se doit encore d’habiter chez ses parents! Autant de conformismes auxquels se soumettent ces héroïnes afin de ne pas vivre dans la culpabilité, mais qui finissent par peser sur elles, laissant souvent des traces amères et indélébiles.
Au fil de son film, Labaki aborde habilement tous ces sujets, à travers des dialogues cuisants et authentiques, enrobant ainsi avec toute la tendresse du “caramel” une ville qu’elle affectionne par-dessus tout.
Le Beyrouth de Nadine Labaki reste une ville pleine de personnages colorés qui sont passés par de grandes épreuves, mais qui, malgré tout, gardent le sourire, et surtout l’humour. Leurs existences sont souvent difficiles, mais ce sont tous des combattants à leur façon. C’est également le mélange des communautés qui frappe plus la réalisatrice et la manière dont ces communautés cohabitent entre elles, malgré les drames politiques qui se nouent.

Un tabac couleur caramel
De l’écriture à la réalisation, l’aventure de «Caramel» aura connu pas moins d’une guerre avant de voir le jour. Une expérience pas facile à vivre, surtout lorsqu’on sait que le tournage, qui a duré un peu plus d’un mois, s’est arrêté juste six jours avant le fameux 12 juillet 06. Le montage et la post-production s’étant effectués à Paris, le film aura enfin vu le jour le 20 mai 07, juste à temps pour le Festival de Cannes, où il a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs, déclenchant une standing ovation longue et sonore.
Il va sans dire que «Caramel» s’apprête à faire un tabac. Vendu dans 40 pays, et diffusé dans plus de 240 salles rien que sur le territoire français, il a déjà de quoi faire planer de bonheur la réalisatrice et sa productrice, Anne Dominique Toussaint, charmée par le projet depuis sa gestation, et qui a très rapidement cru au talent de Nadine Labaki. «Caramel» est «sa fierté, celle d’avoir contribué à associer au nom de Beyrouth des images de vie et de lumière». En effet, le film de Nadine Labaki est là pour nous rappeler que le cinéma, c’est d’abord et avant tout du rêve sur pellicule, un bonheur dans une salle obscure et un regard plein de tendresse sur des destinées ordinaires qui se cherchent et nous ressemblent.
Maya Trad

Caramel, de Nadine Labaki. Avec Nadine Labaki, Yasmine el Masri, Joanna Moukarzel, Gisèle Aouad, Siham Haddad, Aziza Semaan, Fatmé Safa, Fadia Stella, Adel Karam, Ismaïl Antar et Dimitri Stancofski.

Eblouissant! Si la cinéaste et actrice et scénariste, Nadine Labaki, quittait maintenant et définitivement le 7e art en laissant derrière elle ce premier long métrage, son nom brillerait pour toujours au fronton du cinéma libanais et international. Avec ce film émouvant, drôle, pittoresque, émouvant, aérien, charnel, émouvant, Nadine Labaki invente son cinéma en intégrant tous ses coups de cœur cinématographiques dans une vision tendre et optimiste qui est le propre de sa personnalité. Au passage, elle s’affirme une directrice d’acteurs à nulle autre pareille en faisant jouer devant la caméra d’absolues profanes qui transcendent leur statut de comédiennes en devenant corps et âme des personnages prenants et inoubliables. Adel Karam, quant à lui, on lui pardonnerait tout son cabotinage douteux à la télé, face à sa performance généreuse. La musique, signée Khaled Mouzannar, bien qu’omniprésente, est terriblement efficace. Le compositeur a parfaitement orchestré les états d’âme de sa future épouse.
A l’écran, Nadine est la représentation de la Libanaise dans tous ses états. Si la France a sa Marianne, le Liban, lui, a dorénavant sa Nadine.
 Johnny Karlitch

 
 
Caramel
Au coeur de Beyrouth, un « Vénus Beauté (Institut) » à la mode orientale

de

À Beyrouth, cinq femmes se croisent régulièrement dans un institut de beauté, microcosme coloré où plusieurs générations se rencontrent, se parlent et se confient.
A la sauce orientale, le caramel en question est une pâte épilatoire qui mélange du sucre, du citron et de l'eau bouillis jusqu'à devenir ce mélange consistant dont Layale fait un abondant usage. Elle tient un institut de beauté dans un quartier ordinaire de Beyrouth, qui est devenu comme le confessionnal de cinq femmes aux horizons, tempéraments, aspirations et comportements bien tranchés.
Il y a donc la patronne, qui soupire pour un homme marié et peu empressé de se rendre libre. Une jeune musulmane, Nisrine, que son prochain mariage angoisse: elle n'est plus vierge. Rima vit en secret son attirance pour les femmes, dont une mystérieuse inconnue à la longue et belle chevelure qu'elle caresse langoureusement. Jamale refuse de vieillir, tout bonnement, tandis que Rose a sacrifié sa vie pour s'occuper de sa soeur âgée. Elles parlent, elles rêvent, elles s'amusent, elles s'angoissent. Leurs confidences déclinent toutes les émotions de la vie.
Le rapprochement s'impose, il y a une touche de Venus Beauté (institut) dans ce premier long-métrage écrit, mis en scène et joué (elle tient bien joliment le rôle de Layale au coeur d'un générique épatant) par Nadine Labaki, une jeune cinéaste qui avait jusqu'alors travaillé dans le clip et la pub. Sauf que son défi était plus audacieux que celui de Tonie Marshall, à installer cette chronique au quotidien dans une ville et un pays qui nous renvoient plus souvent des séquences de guerre, de traumatismes et de désolation que des scènes de convivialité, d'insouciance et de légèreté.

Le contexte politique, comme les pressions sociales ou les contraintes religieuses, ne pouvaient être balayés, mais ces éléments de dramaturgie ne sont traités qu'en filigrane, pour conserver à l'ensemble une tonalité douce-amère qui pourrait aussi être celle d'un caramel que l'on déguste avec une tranquille gourmandise. Ce parti pris de seulement effleurer ou évoquer les sujets qui fâchent, pour ne jamais s'apesantir dans le mélodrame, laisse parfois le spectateur sur sa faim de sensations fortes et nourrissantes. Mais il fait aussi le charme d'un portrait de groupe habillé de couleurs exotiques sur un canevas aux fondements universels.
 
 
Critique STUDIO
Thierry Cheze, parue dans Studio
Le 15 août 2007  
On sait que la Quinzaine des Réalisateurs aime procurer des sensations fortes (cf Zoo…). Mais elle sait aussi parfois distiller des torrents de douceur et de couleur. Tel est le cas de Caramel, une sorte de Venus Beauté à Beyrouth. Un Beyrouth filmé pour une fois après la guerre et dans lequel on suit des femmes amoureuses, travaillant toutes dans un institut de beauté. Ce long métrage de Nadine Labaki (qui en tient aussi le rôle central) est à la fois joyeux et émouvant. Joyeux parce que même dans les drames les plus terribles ces jeunes femmes font preuve d’une énergie et d’un espoir à toute épreuve. Emouvant parce que même dans un pays où les plaies de la guerre sont toujours aussi vivaces, les peines de cœur peuvent aussi faire mal. Superbement éclairé, magnifiquement interprété, accompagné par une B.O. enchanteuse, Caramel est un film dont on ressort le cœur battant et une larme au coin de l’œil. Un ravissement.
 
 

in brief

 Studio 7
" (…) très drôle et très caustique (…) "
S.B. (article entier disponible dans Studio n°237, page 37)
Score8
" Venus Beauté (institut) au Liban ou Comme T'y Es Belle ! sous le soleil ? Pas de grandes surprises thématiques (…), en revanche, une grâce terriblement envoûtante (…). "
Emmanuelle Spadacenta (article entier disponible dans Score n°36, page 143)
Crossroads7
" Les rôles sont parfaitement attribués. "
Eric Coubard (article entier disponible dans Crossroads n°56, page 19)
20 Minutes8
" Ce premier long-métrage de Nadine Labaki (…) est à découvrir. "
(Article entier disponible dans 20 Minutes du 17/07/2007)
Le Point9
" (…) Un premier long-métrage lumineux, subtil, et parfumé comme le café blanc qu’on boit (au Liban). "
Christophe Ono-Dit-Biot (article entier disponible dans Le Point n°1821, page 76)
Télérama8
" Malgré la sensation d’éparpillements, les portraits sonnent juste et livrent, comme un écho, toute la tendresse et l’agacement qu’éprouve (la réalisatrice) pour son pays. "
Juliette Bénabent (article entier disponible dans Télérama n°3005, page 33)
Paris Match7

" (…) Ce joli film croque avec vivacité les portraits d’êtres sans fard malgré le maquillage. "
A.S. (article entier disponible dans Paris Match n°3039, page 22)

VSD6

" Caramel est un bon film, c’est même un film bonbon. "
Patrick Besson (article entier disponible dans VSD n°1564, page 85)

TéléCinéObs5

" Caramel dégage un petit parfum de gravité qui n’émanait pas de Vénus Beauté. Le tout est mis en scène avec élégance. "
E.L. (article entier disponible dans TéléCinéObs n°2232, page 14)

Libération56
" Ce film-là (…), est l’exact inverse de notre savoir-faire commercial. Encore merci pour le Caramel. "
Philippe Azoury (article entier disponible dans Libération du 15/08/2007)
Le Monde4
" Le scénario dose avec un peu trop d'habileté séquences comiques et tragiques, moments de désespoir solitaire et explosions de joie conviviales. "
Thomas Sotinel (article entier disponible dans Monde du 15/08/07)
Le Figaro3
" Avec Caramel, Nadine Labaki met à nu la femme libanaise et fait tomber les masques."
Emmanuèle Frois (article entier disponible dans Le Figaro du 15/08/07)
Ouest France
" (…) Il y a une touche de Venus Beauté (institut) (…). Sauf que son défi était plus audacieux que celui de Tonie Marshall (…)."
(Article entier disponible dans Ouest France du 15/08/07)
CinéLive
" Touchant et feutré, le film déroule ainsi sa modeste musique. "
Emmanuel Cirodde (article entier disponible dans Cinélive n°114, page 49)
Première
" (…) les meilleurs moments de Caramel (…) démontrent avec élégance que la cinéaste sait capter les grands tout dans les (faux) petits riens. Inégal, soit, mais prometteur."
O.D.B. (article entier disponible dans Première n°366, page 30.)
Le Journal du Dimanche
" Il y a de l’Almodovar dans l’univers très coloré du salon, ces portraits de femmes à la fois fortes et fragiles, le ton balance entre tristesse et drôlerie (…) "
B.T. (article entier disponible dans le Journal du Dimanche du 12/08/07)
Revue de Presse Cannoise2
Libération1
" (…) pas une scène ici qui ne soit intelligente. Au point que tout ici réussit à passer avec une drôle d’aisance. Ce Caramel est décidément une jolie douceur. "
Philippe Azoury (article entier disponible dans Libération du 21/05/2007)
 
 
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